L'auteur Dany Laferrière écrivait dans L'énigme du retour qu'à la suite d'un violent cyclone en Haïti, un étudiant lui avait fait parvenir une lettre. Le jeune homme lui demandait de faire savoir aux gens qui pensaient envoyer de la nourriture aux sinistrés qu'il serait souhaitable que chaque sac de riz soit accompagné d'une caisse de livres. Car, écrivait-il, « nous ne mangeons pas pour vivre, mais pour pouvoir lire ».
J'ai réalisé, au fil des voyages que j'ai pu faire jusqu'à maintenant, que quand tout s'effondre autour de soi, il reste la culture, l'art, la langue. Ils deviennent des piliers, sortes d'anges gardiens de l'âme et du cœur, de notre dignité humaine.
Ma maison est pleine d'objets accumulés au fil des ans, dont j'oublie trop souvent l'existence. Un vieux piano noir qui sonne faux depuis des années parce que je néglige de le faire accorder. Des dizaines de livres ignorés, rangés dans une boîte au fond d'un placard. Et étrangement, je crois que si on me dépossédait un jour de tous mes biens, ces livres et ce piano, si souvent délaissés, pourraient bien devenir ce que j'aurais eu de plus précieux.
Pour le français, ce n'est pas si différent. Il est là, comme toutes ces choses dans nos maisons bien remplies, dans nos vies bien animées et pleines de bruits.
Langue d'orfèvre, fragile et puissante, sophistiquée et chaleureuse à la fois, pleine de charme, de pièges et d'exceptions, elle mérite qu'on s'y attarde, qu'on la chante, qu'on la lise, qu'on l'enseigne et la transmette avec soin.
Un peu comme cet étudiant du livre de Laferrière, j'aime cette idée d'utiliser le français non pas simplement pour pouvoir parler, mais pour évoquer une part de notre identité. Qu'on arrive à se servir de notre langue comme d'une sorte de miroir de notre culture, de notre histoire!
Stéphanie Lapointe
Auteure-compositrice-interprète et comédienne